Un témoignage de vie commune bien perturbée (Véronique Smits)
Je voulais vous livrer le témoignage d’une troozienne suite aux dégâts de notre commune, un ressenti qui fera frémir de tristesse les sinistrés qui reconnaîtront les lieux et les noms qu’elle cite.
Nos origines, nos souvenirs, nos lieux de vies, nos voisins, nos amis, notre famille... Nous sommes poignardés et une douleur tellement grande m’envahi. Et ce cerveau qui est toujours sur nos automatismes.
Tant que nous sommes le nez dedans durant la journée, nous sommes un peu isolés. Puis, le moment tant redouté arrive, le soir. On lève la tête et la réalité revient.
- Je vais aller à pharmacie car je tousse depuis quelques jours. Ha oui ben non elle a disparu.
- C’est vendredi, on va chercher notre pita comme d hab’, (on ne sait plus passer, le pont est fermé flûte). Okay, ben une frite chez Fabiola… elle n’a plus sa friterie (même sa maison peut être, le rez de chaussée de Zico et Christophe, nada j imagine car ils sont juste à 500 mètres)
Mon fils me demande un chemin pour aller aider :
- Tu vois à cette maison ? Tu tournes à droite
- Maman je ne vois pas
- Euh ? ben ?
Le village n est plus le même qu’il y a 7 jours, il est défiguré.
Mon fils me demande :
- - Est-ce que tu sais me conduire à Vaux ?
- - Ben prends le bus.
- Juste que le bus ne sait plus venir, ni le train.
Mon fils me demande :
- - Maman on va aller où pour aller chercher nos fournitures scolaires ?
- - Ben chez Rausin comme toujours.
- - Maman la papeterie a été touchée, comme tout notre univers....sur des kilomètres de vallée. On a perdu notre autonomie, nos repères.
Quand je suis remontée sur un versant après 7 jours d’un lieu mort, défiguré,... Ça été l’un des coups les plus difficile, je me suis effondrée, de me souvenir de ce monde moderne qui tourne parfaitement où il fait propre, où il fait lumineux où tout est à portée de main,... Ce monde auquel on n appartient plus pour l’instant. En bas la notion n'est plus la même qu’en hauteur... On reviendra dans ce monde moderne mais pas sans séquelle. Beaucoup ne se plaignent même pas car on se dit toujours il y a pire et on est tous en vie. Dans le monde de la vallée c est la seule chose qu’on dit : On est en vie !
On pourrait utiliser nos meilleurs mots, nos meilleures émotions, qu’on ne saurait toujours pas partager et vous aider à comprendre ce que nous vivons. Vous voudriez tellement, mais on ne saurait tellement pas, car c’est inimaginable.
Auteure : Véronique Smits
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