En route vers Beaufays, un état d'esprit difficile à décrire
Comment expliquer notre état d’esprit ? Comment décrire notre ressenti lors du départ de notre maison ? Je peux sans peine vous décrire les objets, les gens, certaines situations cocasses ou fortes en émotion, mais vous décrire le ressenti est une tout autre affaire. Mais je vais essayer. Les habitants de notre clos étaient réunis dans une benne de camion, sécurisante par son poids, par son apparente solidité. Nous avions tous le sourire aux lèvres, heureux de pouvoir quitter un endroit où la mort pouvait fondre à chaque instant. Oui, la mort, n’en déplaise à certains lecteurs, c’est bien à cela que nous avons échappé. Réfugiés dans nos maisons, durant un suspens d’une quarantaine d’heure où l’on voyait le niveau d’eau monter de marches en marches, grimpant peu à peu l’escalier pour atteindre un premier étage où l’on se pensait saufs. Une angoisse terrible, car si l’eau avait encore monté, nous n’avions plus qu’une solution pour ne pas nous noyer, c’était de monter ...