Au premier jour, l'eau fut...
Nous étions donc à la mi-journée du 14 et après une petite décrue, l’eau était revenue de plus belle et avait commencé à envahir la maison. Jonathan (mon fils) et moi avons commencé à surélever les objets et meubles situés au sol. Pour la machine à laver, c’était déjà fait puisqu’elle était sur bloc depuis longtemps (justement en prévision d’une montée des eaux), mais pour le reste, nous avons commencé à sauvegarder.
Les chaises de salon furent déposées sur la table, les objets contenus dans un vieux coffre de chêne ont été déposés sur l’un des bahuts. Nous coupons le courant électrique à l’exception des lumières, nous montons la télé et le home cinéma est déposé sur la penderie du hall d’entrée, à 1 mètres quatre-vingt de hauteur et ainsi de suite pour différents objets qui, en gros, sont déposés à hauteur des plans de travail, donc plus ou moins 80 centimètres. Nous sommes trempés de sueur et par l’eau qui nous éclabousse et nous nous réfugions dans mon bureau en attendant la baisse de l’eau… du moins nous l’espérions.
Un regard par la fenêtre nous fait comprendre rapidement que l’on court au désastre, l’eau de la Vesdre, charriant débris et terre, envahit les trois jardins du fond du clos, dont mon terrain. Peu à peu, arbres et branches s’échouent sur la berge et forme un barrage qui dévie l’eau tout en augmentant sa vitesse de pénétration dans les jardins. Par l’avant, j’aperçois la grille du château en face et je vois qu’il y a près de 80 centimètres à la grille.
Un coup d’œil dans la cage d’escalier nous confirme la montée impérieuse, la deuxième marche est noyée. Nous nous équipons et recommençons à tenter de sauver ce qui est sauvable. Au début, nous avions de l’eau à mi-cuisse maintenant elle est à hauteur de la ceinture. Dehors, les portes vitrées laissent un niveau d’eau supérieur de 10 centimètres à l’extérieur par rapport au niveau intérieur. Grande est ma crainte de voir les vitres se briser et l’eau envahir la maison en torrent. Nous ne sommes pas paniqués et terrifiés est un mot trop fort, mais empressés. Je reste dans l’escalier et Jonathan me passe ce qu’il trouve et sauve. Quoi prendre, mais surtout qu’est-ce qui est prenable ? A ce stade, il était impossible de sauver des meubles. Nous nous rabattons sur des « bricoles » et notamment un pack de 6 bouteilles d’eau plate, une conserve de maïs et une autre de demi-pêches, deux bouteilles de lait, deux pots de compote et d’autres objets sans valeur si ce n’est une valeur sentimentale énorme.
Je suis toujours dans l’escalier, en train de remonter les objets déposés par mon fils au bas des marches, lorsque je l’entends crier. Dans le garage, le congélateur vient de se mettre à flotter et à fait tomber le sèche-linge que nous avions déposé dessus. Je lui crie de revenir, mais en passant devant le frigo, ce dernier se met à flotter aussi et glisse vers l’avant comme s’il glissait sur une peau de banane. Jonathan manque de peu de se faire écraser par la lourde masse.
Je me précipite et je découvre la scène de mon frigo d’un mètre quatre-vingt, rempli de nourriture, flottant comme un sarcophage. Je m’enquiers de la santé de mon fils avant d’empoigner la porte du frigo et en extraire les injections d’insuline et…. un pot de tartare. Allez savoir ce qui m’a pris. Nous décidons d’abandonner le rez-de-chaussée qui devient trop dangereux et remontons à l’étage. Nous nous séchons, nous changeons de vêtements. Maintenant, il n’y a plus de courant dans la maison et Jonathan a fermé la vanne du gaz, nous sommes au moins hors de danger de ce côté-là.
A l’étage, ma chienne labrador, Laïka, trouve la situation plaisante : on s’agite, on bouge, il y a de l’eau partout et son instinct de chien d’eau adore ça.
Il y a maintenant près de 8 heures que les inondations ont débuté. L’eau est montée à près d’un mètre cinquante à l’extérieur et un mètre vingt à l’intérieur. Les quatre premières marches de l’escalier ont disparu sous l’eau noire de boue et puante d’une odeur de carburant, un savant mélange d’essence et de mazout qui prend au nez et donne un mal de crâne qui ne passe pas. A cela s’ajoute le stress énorme évidemment.
En faisant le point, nous nous rendons compte de ce qui va être notre grand point faible : l’isolement. Plus de courant, plus de mails, plus de réseau plus de téléphone et, comble de malheur notre maison est située sur une zone blanche c’est-à-dire que nos smartphones n’arrivent pas ou très peu à communiquer avec l’extérieur. En temps normal, nous possédons un boitier qui booste la connexion, mais il fonctionne à l’électricité. Impossible de prévenir amis et famille de notre situation réelle.
Quand je regarde à l’arrière de la maison, je vois un torrent qui roule dans la Vesdre. A l’avant, sur la route, une seconde Vesdre s’est créée où l’eau dévale aussi à grande vitesse. On se fait un jeu d’essayer de reconnaître les objets qui passent, nous jouons aux cartes (le reste de ma précieuse collection de cartes s’est retournée dans l’eau, je suis triste car il y avait des cartes de prestidigitation et de beaux jeux que j’avais acquis au Louvre en 1981 : tout est rachetable, mais pas les souvenirs, ni les objets de collection).
Le bruit ambiant est très fort, l’eau gronde. Nous écoutons en permanence les bruits qui viennent du rez-de-chaussée, à l’écoute d’une vitre brisée ou d’un meuble lourd qui défoncerait une vitrine.
Peu à peu, le soleil se couche et la luminosité diminue. Muni de nos lampes torches, nous constatons avant de nous coucher, que l’eau semble avoir baissé d’une trentaine de centimètres, nous avons « gagné » une marche et demi. Serait-ce la fin du cauchemar ? Nous partons nous coucher, les chaussures aux pieds et tout habillé.
Réveil angoissé à deux heures et quart du matin ! Quand je pose les pieds à terre en quittant mon lit, j’espère ne pas sentir une présence d’eau sur le sol de ma chambre. Ouf, non... Je vais à l’escalier. Catastrophe, l’eau a repris ses trente centimètres et les a dépassés de 20 nouveaux…
La Vesdre continue de monter.







Commentaires
Enregistrer un commentaire